L'Etna

Etna

Et le ciel et la neige demeurent
tes rivages

Que j’aime à contempler
Sous un plafond de brume ;

Escalader tes bombes,
sonder l’âge de ta plume
Et regarder frémir
tes fumerolles d’images...
Et la neige et le ciel
sourcillent en altitude
Dans l’haleine suffocante
de ta bouche en colère
Qui love, sculpte
et enfièvre cette boue de lumière.
Le Soleil, échoué, blêmit de lassitude...

Et le ciel
et la neige convergent vers la cime
Auscultant la chaleur
au sein de ton abîme ;
Une pluie obsidienne s’égrène
sur ton toit.
Et la neige
et le ciel se fondent en ornements
Enchâssant
l'oeil-frisson cyclopéen du temps,
les larmes de Vulcain
drapant tes flancs de soie...

Patricia Merucci

Écoute

        Écoute le volcan parler de soif
Écoute-le vomir sa chair
Des lèvres amères de son corps contrefait
Comme si la Terre se voulait éclair
Et rivaliser avec la nuit

Et si ce matin le cratère tremble et mugit sous nos pas
Et si la vie n’est plus comme autrefois
Regarde-la passer la nuit de pourpre, d’or et de carmin
Flammes nuptiales et feuillages d’étoiles

Regarde encore son corps fébrile lever ses bouquets d’ors
En écrins de lumière et fruits sauvages

É
coute-le jouer de son feu divin
Plus royal qu’un souverain

D
es roses de la nuit, à la saignée de la pierre
Du ventre insoumis, au plaisir de la chair
Les forges de la vie battent en moi comme autant de marées
Distillant angoisse et félicité.

Jean-Pierre Bouttier

Etna,
le 12 septembre 1979

Le sourd grondement ébranle l’air
Moments éternels d’une attente tragique.
Le ciel répète Gomorrhe.
La chair, déchiquetée par le basalte,
laboure le sable
qui en boit le sang.

Des êtres simples étreignaient
dans leurs mains des pierres sulfureuses,
naïf souvenir du sommet.

La nuit, seul le Géant veille
les corps uniformes.
Veillée sans larmes, seules celles
des étoiles.
Veillée sans luminaires, seules les lueurs
de la profonde lave.
Veillée sans suaires, seule la blancheur
du givre.
Veillée sans prières, seuls
les grommellements étouffés du cratère.

 O mon Etna, pourquoi as-tu frappé ?
Ne supportais-tu pas le halètement des moteurs
avec leurs chargements de voix ?
Nostalgie des antiques silences ?

Maintenant, seul et abandonné,
tes profonds regards scrutent
dans la nuit les lointaines galaxies,
cherchant les voix et le feu de volcans perdus.

Carlo Scarpinati (1910-1991)
Traduction : Jean-Claude Tanguy

Valle del Bove

Impétueux souffle le “Maestrale”.
L’Etna bave la fumée de ses flancs.
Odeur de soufre dans la vallée, âcre saveur de la glace.

Le vent tombe.
Il neige.
Incliné, le genêt prie ;
son hermine brille sous la brise lunaire.
Tends l’oreille
et écoute : dans la vallée d’étranges rumeurs.
C’est la voix de la sciara se brisant par le gel.

Le hêtre, le genévrier, l’astragale, le genêt
rient de joie.
Dans les rocs de basalte dorment les corbeaux ;
par instants s’éveillant ils s’ébrouent et regardent
la lueur du feu qui darde dans l’immense brasier.

Au loin, à l’embouchure de la vallée,
Rocca Musarra et Rocca Capra, sentinelles solitaires.

Carlo Scarpinati (1910-1991)
Traduction : Jean-Claude Tanguy


Poëmes de volcans :


Etna

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