MAYON  
(Philippines) (1997)


Le Mayon est un superbe volcan des Philippines qui se dresse d’un trait au dessus du Pacifique, le dominant de 2500 m. Il a la réputation de posséder la forme conique la plus parfaite au monde. D’où que l’on soit, cette pyramide de lave qui se mire dans l’eau des rizières ne laisse personne indifférent et justifie à elle seule un voyage à l’autre bout du monde. Nous atterrissons donc à Legaspi et sommes accueillis par le responsable de l’observatoire de Lignon Hill construit de l’autre côté des pistes de l’aéroport. Depuis le sommet d’une butte située à deux pas du bâtiment, la vue est imprenable sur le volcan. Malheureusement, les nuages masquent une grande partie de la montagne et nous font languir. Avec le soir, le volcan se dégage. De faibles lueurs rouges naissent dans le cratère. De la lave incandescente au sommet du volcan ? Je pense plutôt à quelques évents expulsant du gaz si chaud qu’ils portent au rouge les roches qui les entourent. Les conditions climatiques sont favorables, il faut tenter l’ascension au plus vite car ici, en bordure de l’océan Pacifique, le temps change très vite.
Nous entamons l’ascension par le versant nord du volcan en remontant une ravine qui a drainé jadis une coulée de lave aujourd’hui attaquée jusqu’à l’os par les pluies tropicales. C’est tant mieux, car le sol porte bien et le torrent y a en plus creusé de multiples baignoires dont l’eau tiédit au soleil. La randonnée est donc une succession de grandes marches de lave usée, où il faut souvent s’aider des mains pour grimper, et de trous d’eau dans lesquels nous ne résistons pas à l’envie de nous baigner. Parfois, une fine cascade me sert de douche. En fin de journée, nous atteignons la limite de la végétation. Les arbres ont disparu, seules de hautes herbes coupantes flottent encore au gré du vent. Sur ces pentes très raides nous ne trouvons pas d’endroit où bivouaquer. Finalement, c’est dans le lit même de la ravine, au pied d’un mur de lave où la pluie a creusé une petite plage assez grande et plane, que nous plantons notre tente. Tapis de sol, duvet, nous arrangeons de notre mieux une petite niche pour la nuit, puis nous nous restaurons sous les rayons rasants d’un soleil mourant derrière les montagnes. Ce seront nos derniers moments agréables sur cette montagne, car le Mayon vient de nous déclarer la guerre.
Nous n’avons pas remarqué les nuages qui, sournoisement, se sont avancés dans notre dos. Soudain les premières gouttes nous surprennent tandis que les derniers rayons du soleil disparaissent sur l’horizon. Mais déjà les lourds nuages noirs sont sur nous et une pluie battante de met à tomber. L’obscurité s’installe tout aussi brutalement. Repli stratégique à l’intérieur de la tente... Les gouttes claquent sur la toile en un bruit d’enfer et bientôt la ravine, alimentée par les trombes d’eau, reprend ces fonctions originelles : évacuer vers la plaine les mètres cubes de pluie tombant sur la montagne. Un torrent file bientôt sous notre fragile abri de toile. Deux orages successifs nous font craindre le pire pour notre tente, mais finalement l’aube succède à cette nuit blanche où la tension nerveuse a atteint des sommets, entamant notre volonté d’atteindre l’objectif  que nous nous sommes fixé...
Au petit matin, comme ci de rien n’était, ciel bleu et soleil radieux brisent mes espoirs de renoncer au sommet. Il n’y a plus de raison d’abandonner.
Les deux dernières heures d’ascension se font dans la rocaille et la cendre, et achèvent de m’épuiser.
Au sommet, un cratère décevant rempli de fumées opaques ne gomme en rien l’amertume qui m’envahit, lors de notre descente, les mésaventures continuent : une barre rocheuse strictement verticale bloque soudain le chemin prouvant que nous nous sommes trompés de ravine. Il faut remonter, et suffisamment haut pour être sûrs de retrouver la bonne direction. Et nous voilà à nouveau happés par un brouillard opaque. Depuis que nous avons quitté le sommet du volcan, de lourds nuages gris l’ont investi, et bientôt une pluie soutenue s’abat sur nos épaules. Des heures d’attente avant que le ciel enfin se dégage et permette de retrouver notre tente où nous sommes à nouveau prisonnier pour une nuit supplémentaire, sous les orages et sans vivre !
Je retrouve le sécurisant observatoire quarante huit heures après notre départ, dans un état d’épuisement que je ne souhaite pour rien au monde revivre un jour. 

Le lendemain, aux aurores, je suis enfin récompensé de mes efforts : pas un seul nuage sur le volcan avec en prime un éclairage rasant optimal ! La pyramide du Mayon resplendit. Ces longs flancs réguliers et symétriques sont intégralement couverts de végétation preuve qu’il y pleut fréquemment. Seul le sommet étroit et pointu reste chauve, le roc brut apparaît : les vapeurs acides qui s’échappent du cratère tronquant ce sommet et les retombées volcaniques des éruptions, se combinent pour empêcher la végétation de se développer. Du cratère s’échappe un long serpent de lave noire qui rampe jusqu’au pied de l’édifice et déchire le manteau de verdure du Mayon. Ce sont les traces indélébiles de la dernière éruption du volcan survenue une quinzaine de mois plus tôt. La lumière du matin sur la montagne m’offre ici un cliché d’une beauté sereine, contrastant avec les deux journées de cauchemar que j’avais vécues sur ses pentes inhumaines.


Extraits de "Aventures au coeur des volcans" : Bromo ; Galunggung ; Kawah Ijen ; Kilimandjaro ; Krakatau ; Lengaï ; Mayon ; Merapi ; Pinatubo ; Semeru ; Taal

Les volcans et le monde du volcanisme : S'informer sur les volcans : "Aventures au coeur des volcans" par Patrick Barois

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