KILIMANDJARO
(Tanzanie) (1990)


Le Kilimanjaro est le plus grand volcan continental de la planète avec des dimensions impressionnantes : une base de 80 km et un lointain sommet frôlant les 6 000 m d'altitude ! La lave s’est ici accumulée sur 4 500 m d’épaisseur au dessus des hauts plateaux giboyeux de Tanzanie. Elle forme ainsi une énorme coupole à la cime enneigée, visible à plusieurs centaines de kilomètres à la ronde, et cette silhouette majestueuse, unique à la surface du globe, lui a valu une célébrité mondiale. A l'approche de Moshi, la ville blottie au pied de la montagne, un ciel brumeux masque l'horizon mais, en levant les yeux au ciel, de grandes taches blanches apparaissent entre les écharpes de nuages : les neiges du Kilimanjaro ! La montagne est si grande qu'elle ne semble pas appartenir au monde dans lequel je me trouve.

A l'hôtel où nous sommes descendus, nous rencontrons le guide qui nous accompagnera durant l'ascension. Pour les quatre personnes que nous sommes, il impose un assistant guide et douze porteurs qui transporteront les bagages, les vivres, le bois, l'eau, et s'occuperont de l'intendance. Il faut trois jours de marche pour atteindre le dernier refuge perché à plus de 4700 m d’altitude. C’est facile, mais incroyablement long ! Là-haut, inutile de chercher le sommeil. Le manque d'oxygène, le mal des montagnes et le froid se combinent pour nous empêcher de dormir. En milieu de nuit, le dernier assaut est lancé, dehors il fait -15° C sous le ciel étoilé de l'équateur. Nos deux guides connaissent parfaitement les pièges de la haute montagne et, bien que le sentier ne soit pas très raide, ils nous obligent à marcher très lentement. Nous en comprenons vite la raison. Plus le temps passe, plus le sentier s’élève et plus la cendre se fait épaisse, ce qui accentue la difficulté de l’ascension. Et ce manque cruel d’oxygène qui oblige à respirer à plein poumon pour trouver ce souffle qui nous fait défaut.

Maintenant, notre progression ressemble à celle d'automates marchant sans but. Les arrêts se font de plus en plus fréquents et, à chaque fois, nous nous demandons si nous atteindrons notre objectif tant la fatigue nous assomme. Le froid nous attaque, mais notre équipement semble suffisant. Ce n'est qu'à quelques dizaines de mètres sous le sommet de Guilmann's point que le sol devient rocailleux et porte à nouveau. Nous nous effondrons sur les bords du cratère du Kilimanjaro que la nuit noire cache encore. Le sommet du volcan, le Uhuru Peak (Pic de la Liberté), n’est plus qu’à une heure de marche !

Heureusement, le sentier qui longe désormais la lèvre du cratère est moins pentu et surtout le sol est dur et gelé, la marche donc plus facile. Le ciel commence à rosir et un décor fantastique progressivement s'illumine. La blancheur des glaciers sommitaux troue enfin la nuit qui s'estompe. Sous ces latitudes équatoriales, l'aube est très courte et rapidement, un soleil puissant inonde de lumière tout le sommet du Kilimanjaro. A un kilomètre de distance encore, juste devant moi, le Uhuru Peak. Je sais désormais qu'il est à ma portée : encore quelques dizaines de minutes et j’atteindrai enfin le toit de l'Afrique !

Nous sommes au sommet d'une falaise à pic de 200 m de hauteur plongeant dans le grand cratère du Kilimanjaro. En son centre s'élève un large cône aux pentes douces au sommet duquel s'ouvrent les deux cratères récents du volcan, notre objectif. Avec le chef guide, nous dégringolons directement le mur abrupt par des couloirs d'éboulis en prenant garde à ne pas tomber face à une barre rocheuse infranchissable. Au fond, le décor est fantastique. Les parois du cratère sont à la fois constituées de roche et de glace et, vers l'ouest, une large brèche a fait disparaître le mur. Un petit glacier occupe le fond. Du sommet, il ne ressemblait qu'à une grosse galette immaculée posée sur le sol mais, du bas, c'est une montagne de glace impressionnante. Nous gravissons à pas lent les flancs du cône central. Les plaques de neige abondent et on s'y enfonce parfois jusqu'aux genoux. Il nous faudra quarante minutes pour atteindre les lèvres du cratère.


Les formes des deux cratères paraissent si fraîches, leurs courbures si nettes, que le volcan semble avoir été actif il y a quelques années seulement. Le premier, large et peu profond, contient en son centre le second, un puits de 250 m de diamètre au parois verticales à demi effondrées. Ici, la neige ne tient pas, le sol y est trop chaud. D'ailleurs, de petites fumerolles ont teinté un peu partout le sol de couleurs brunes, jaunes et ocres. C'est à l'Ouest qu'elles semblent les plus actives, mais je n'ai vraiment plus le courage d'aller renifler l'odeur de soufre du Kilimanjaro. Repos.


Avant de remonter à Guillman's Point, nous désirons toucher des doigts le glacier à l’est du sommet. Il forme d'énormes marches blanches qui ont épousé la topographie des lieux. Il ressemble donc à un escalier de géants qui descend doucement vers les pentes externes du Kibo. Le bord du glacier est tranché net par de grands murs de glace qui sont souvent creusés de vastes criques. Celle que nous visitons est cernée de murailles blanches, frangées tels les fanons d'une baleine. Je marche à l'intérieur d'une cathédrale de glace dont les grandes orgues semblent vouloir jouer un hymne à notre réussite...

Extraits de "Aventures au coeur des volcans"
: Bromo ; Galunggung ; Kawah Ijen ; Kilimandjaro ; Krakatau ; Lengaï ; Mayon ; Merapi ; Pinatubo ; Semeru ; Taal

Les volcans et le monde du volcanisme : S'informer sur les volcans : "Aventures au coeur des volcans" par Patrick Barois

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