BROMO  
(Java Indonésie) (1988)


Dans la partie orientale de l’île de Java, en Indonésie, existe un volcan vénéré par les populations indouistes vivant à ses pieds : c’est le Bromo. Il est, pour ces croyants, la demeure des Dieux bienfaisants qui fertilisent les champs et permettent de récolter trois fois le riz dans l’année. En effet, la cendre volcanique qui saupoudre régulièrement la campagne du Tengger - la région où se dresse le Bromo - associée à un climat chaud et humide, permettent de tels miracles. Mais, pour les agriculteurs javanais, ce sont Brama, Chiva et Vishnu les vrais responsables de cette abondance. Il faut donc les gratifier à leur juste valeur pour qu’ils perpétuent les actions bienfaitrices. Le Bromo est donc un volcan sacré, lieu de culte où se déroulent à des époques précises de l’année, de grandes fêtes en l’honneur des Dieux. Des milliers de pèlerins montent alors en procession jusqu’au sommet du volcan pour jeter des offrandes dans le cratère. Il est vrai que la montagne n’est pas très grande et se dresse au milieu d’une vaste caldeira très facile d’accès. Et pour faciliter l’ascension des pèlerins jusqu’à son sommet, on a même construit sur les flancs du volcan un escalier en béton de plusieurs centaines de marches !
Nous voulons, nous aussi, emprunter cette sorte de chemin de croix. Ngadisari, minuscule village de montagne construit au terme d'une route extrêmement sinueuse, face à l'un des paysages volcaniques les plus beaux du monde : la grande caldeira de Tengger.

 

Ce cratère de 20 km de diamètre, occupé par une mer de sable volcanique, vaste désert aux couleurs brunes et changeantes, est d'une majesté à couper le souffle. Au centre s'élève le profil large et bas du volcan actif. A y regarder de plus près, il s'agit d'un massif composé de plusieurs petits sommets distincts. Il y a d'abord le Batok, un vieux cône aux pentes raides burinées de nombreuses ravines souvent infranchissables. A ses côtés se dressent les flancs surbaissés du véritable Bromo, volcan au large cratère fumant.  Au petit matin, nous descendons dans cette plaine murée pour participer, à notre manière, au culte du Bromo. L’éclairage rasant du soleil distille une lumière franche qui joue avec les bruns et les ocres du sable volcanique. La marche est facile et bientôt, parmi les ravins qui balafrent les flancs blanchis par la cendre du Bromo, j’aperçois le fameux escalier qui lance d’un trait, tel un grappin, ses marches régulières jusqu’au sommet de la montagne. Là-haut, la surprise est totale. Le sol parait s’être effondré sous nos pieds et un énorme cratère de 300 m de profondeur pour un kilomètre de large a ouvert, comme à l'emporte pièce, les entrailles du volcan. Sans conteste, sa profondeur descend bien au delà du niveau du plancher de la caldeira sur lequel repose le cône volcanique. C’est une gueule immense d’où s’élèvent un panache de vapeur qui, très vite, se dilue dans l’atmosphère.
Tandis que notre équipe entreprend le tour du cratère en longeant ses lèvres pourries par les gaz délétères, je me résiste pas à l'envie de descendre dans ce gouffre pour observer le ronflement des grosses gueules soufrées qui en percent le fond du cratère. Ce sont les cheminées d'alimentation du volcan, simplement fumantes aujourd'hui...
Les parois qui conduisent au fond de l’abîme sont très raides. A un seul endroit la pente semble plus douce et autorise la descente. Il faut sans cesse planter le talon de la chaussure dans la cendre meuble pour bien s’accrocher à la paroi et éviter ainsi une éventuelle glissade. Au fond du cratère, j’ai l’impression d’être parvenu dans l'antre du diable.

Ici, les murailles énormes et tapissées de soufre qui m'enserrent, sont impressionnantes. Les autres membres de l’équipe, restés sur les lèvres, ne sont plus que de minuscules points noirs.
Je me suis approché d’un énorme puits d’où me parvient le ronflement d’un gros panache de vapeur qui s’en élève avec violence. Parfois, un mauvais coup de vent me rabat des bouffées de gaz à la figure. C’est de l’hydrogène sulfuré irrespirable qui brûle les voies respiratoires et je suis pris soudain d’une violente quinte de toux. Je perçois nettement la chaleur qui monte des entrailles du Bromo. Les parois verticales qui plongent dans l’abîme sont jaunis par le soufre qui, en s’y déposant, les a enduites d’un tapis inextricable d’aiguilles minérales couleur citron. Je m’avance plus en avant pour jeter un oeil jusque dans la gorge même du volcan, mais les gaz agressifs m’en empêchent. Je me dirige alors vers une puissante fumerolle qui s’est ouverte sur les rebords d’une petite terrasse de lave. Elle est si abondante que le soufre qu’elle dépose a construit une véritable stalagmite d’un mètre de hauteur. Les bords de l’évent sont festonnés de concrétions minérales et au centre, la température est si élevée que le soufre coule rouge. Ainsi, au fond du cratère du Bromo, on peut observer les trois états d’une même matière : solide, liquide et gazeux. Le soufre se fait artiste à mes yeux émerveillés.


Rejoindre les lèvres du cratère n’est pas une mince affaire car dans cette pente sévère, il faut souvent s’aider des mains pour grimper.
Cette courte descente aux enfers reste aujourd’hui encore gravée dans ma mémoire...
Mais, depuis le sommet du Bromo, un autre volcan me nargue dans le lointain, sur l'horizon brumeux : c'est le puissant Semeru.


Extraits de "Aventures au coeur des volcans" : Bromo ; Galunggung ; Kawah Ijen ; Kilimandjaro ; Krakatau ; Lengaï ; Mayon ; Merapi ; Pinatubo ; Semeru ; Taal
Les volcans et le monde du volcanisme : S'informer sur les volcans : "Aventures au coeur des volcans" par Patrick Barois

[ Plan du site ] [ Index des volcans du site ] Accueil ]