Cratère Sud-Est : 11ème paroxysme 2011 de l'Etna, le 20 août 2011

L'activité précurseur du paroxysme


18 août, 10h30 : les 5 paroxysmes précédents ayant eu lieu tous les 6 jours, je décide de monter et de me placer au Belvédère six jours après le 10ème paroxysme, même si aucun signe précurseur (petits panaches bruns) n'a été observé encore. Les groupes de touristes encadrés par un guide de l'Etna font le "grand" tour classique qui maintenant passe au pied du nouveau cône actif du Sud-Est.


10h40 : on voit nettement sur le flanc du nouveau cône actif la petite partie qui a glissé sous la pression des coulées de lave du 12 août et qui témoigne de la fragilisation du cône, avec un risque éventuel d'effondrement, libérant la voie à des "coulées pyroclastiques".


19 août, 9h50 : après une nuit entière passée près de la Torre sans l'ombre d'une activité, je suis réveillé à 5h30 par un coup de canon du Sud-Est qui projette quelques bombes par-dessus la lèvre du cratère : enfin, avec 48h de retard, l'activité redémarre ! Je monte sur le nouveau cône et hésite à aller à son sommet, pour enfin y renoncer. Certes, l'activité est inexistante mais si des guides de l'Etna me voient en redescendre, ils risquent de ne pas apprécier... Tout l'après-midi, je vois des groupes passer au pied de l'échancrure du nouveau cône qui explose au moins 2 fois, projetant des bombes qui ricochent jusqu'à sa base et font partir précipitamment touristes et guides...


18h44 : avec le retour des derniers cars de la Funivia, je me retrouve de nouveau seul sur le volcan. Le soir tombe et les nuages bas filtrent la lumière, créant une atmosphère fantomatique. Je décide d'abord de passer la nuit où j'ai passé toute ma journée, au Belvédère mais plus les heures passent, plus je suis perplexe et anxieux de savoir si je ne prends pas des risque démesurés : le Sud-Est ne se comporte pas comme précédemment, avec une activité strombolienne précurseur presqu'inexistante, le vent ne cesse de tourner et de nuit, en cas de paroxysme, impossible de savoir si je vais être dans la zone de retombées. Et cet endroit est tout de même bien plus près du cône actif...
Je me décide à aller dormir au pied du premier cône 2002, qui me semble offrir une ligne de repli ou de fuite bien plus commode. En fait, j'aurais dû aller dormir sur le seuil de l'ancienne Torre dont le toit bétonné est la seule structure susceptible de résister à d'éventuelles bombes. L'activité au cours de la nuit est inexistante, ce qui ne m'empêche pas de me réveiller et de scruter nerveusement le volcan.


20 août, 5h25 : à mon réveil, des coulées se sont mises en place à la base du nouveau cône, sans activité strombolienne. Normalement, il va se passer plusieurs heures avant un redémarrage complet de l'activité éruptive. Avec les toutes premières lueurs de l'aube, une activité strombolienne éphémère mais consistante me laisse espérer un beau spectacle. Je plie mes affaires et me repositionne au Belvédère.


6h : l'aube et sa belle lumière me permet d'apprécier le spectacle de cette épaisse coulée qui descend le nouveau cône.


6h48 : la coulée continue gentiment à s'étirer, sans que la moindre activité strombolienne ne se manifeste. J'apprécie cependant d'être seul, là, devant ce spectacle paisible, sachant que c'est le calme avant la tempête...


7h30 : dernières minutes de solitude. Un 4x4 de l'Institut de Catane arrive et les volcanologues partent échantillonner la coulée. Peu après, deux touristes montés à toute vapeur après avoir vu les coulées de Taormine... puis le chef guide de l'Etna, venu se rendre compte de la situation avec un cameraman de la télé sicilienne.


8h59 : l'activité strombolienne, après être montée en intensité et fréquence, s'emballe brutalement. Le paroxysme se rapproche bien plus vite que prévu.

La phase paroxysmale


9h : une fontaine de lave vient d'un coup de se mettre en place, largement masquée par les nuages et la cendre mais je l'entends rugir et surtout, j'en vois l'activité à travers les impacts sur le cône nouveau.


9h02 : la quasi totalité du nouveau cône est comme en ébullition, percutée par les bombes dont j'entends nettement l'impact, comme je ressens la chaleur de la fontaine de lave en arrière-plan.


9h02 : le cameraman se replie rapidement (cf. son film sur Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=NwYI-c-9Juc)
ainsi que les quelques personnes présentes ; je me recule de quelques pas, fasciné mais aussi concentré sur les retombées de bombes.


9h04 : les bombes frappent de plus en plus au-delà de la base du nouveau cône, et je recule pas à pas, mais à contrecoeur, malgré le sentiment évident que le risque augmente et qu'il faut se rapprocher des véhicules 4x4 qui embarquent les scientifiques et le cameraman.


9h05 : un gros plan sur la base du nouveau cône me montre avec quelle intensité il est bombardé...


9h10 : les bombes continuent de plus en plus nettement à frapper vers la Valle, loin du cône : ça chauffe !


9h12 : les bombes tombent maintenant aussi bien vers la Torre que la Valle del Bove... Les scientifiques ont déjà démarré sur les chapeaux de roue et les guides de l'Etna me hèlent car ils veulent partir le plus vite possible. J'hésite vaguement mais hors de question de rester seul face au dragon rugissant qui s'avance vers moi !
Je saute dans le bus de la Funivia après une dernière image à "l'arrache" du panache de 5 à 7 km qui me domine.


9h20 : j'essaie de l'intérieur du bus de photographier le panache à la minute exacte où (je l'apprendrai plus tard) une partie du flanc du nouveau cône cède sous la poussée des coulées et où des "coulées pyroclastiques" se propagent sur quelques centaines de mètres vers le sud, sans doute très près de l'endroit où j'étais 10minutes avant... Finalement, il valait mieux avoir pris la poudre d'escampette ! Le toit du bus est frappé de grosses scories tout le long du trajet et nous reccueillons quelques randonneurs hagards et bien heureux d'être à l'abri.


9h45 : à Sapienza, le chaos règne sous un ciel de scories ; les touristes entre effarement et crainte regardent et enregistrent la scène.

Le paroxysme du 20 août vu par d'autres


8h48 et 9h15 : depuis le rebord sud de la Valle del Bove, au-dessus de la Serra dell'Acqua ; images de Nunzio de l'Esagonal.


Vu depuis Taormine ; image de Jean-François Ricci.



Lieux et centres d'intérêt